[Interview] Catherine Le Bras, neuropsychologue

Propos recueillis par L. LAVEFVE

 

Le bien-être est-il compatible avec l’âge ? 

Bien sûr. Le bien-être peut être défini comme un «état agréable résultant de la satisfaction des besoins du corps et du calme de l’esprit » (Larousse). Même si l’on a rencontré des pertes ou des déceptions, l’expérience de vie permet généralement aux personnes plus âgées de relativiser l’impact d’événements négatifs.

Contrairement aux idées reçues, les seniors sont peu déprimés et ont une bonne perception de leur propre moral, en tout cas une meilleure perception que celle de la population générale ne leur accorde.

En tant que neuropsychologue, je suis régulièrement surprise de rencontrer des personnes âgées, voire très âgées (au-delà de 90 ans), très satisfaites de leur vie, très positives sur leur propre devenir.

 

 Quels sont les facteurs qui contribuent à une bonne santé mentale ?

La bonne santé mentale est reliée à de nombreux facteurs, dont l’importance varie d’un individu à l’autre, selon aussi la période de la vie considérée.

Au-delà de réels états fragiles sur le plan de la santé mentale relevant plus d’une prise en charge médicalisée, le sentiment d’être bien psychologiquement reste assez mystérieux. Certains rencontrent des difficultés de vie réelles mais les surmontent avec une résilience étonnante ; d’autres sont dévastés par des problèmes en apparence futiles.

Si nous ne sommes probablement pas tous égaux dans la construction même de notre individualité, il reste possible d’optimiser sa façon de vivre des événements fragilisants.

La pratique sportive, les rencontres familiales et sociales, le maintien d’activités intellectuelles et créatives (et sans doute beaucoup d’autres facteurs) contribuent à préserver le bien-être psychologique.

 

Quels sont les premiers signes d’une perte de mémoire liée à l’âge ?

Nous ne sommes pas égaux du point de vue de la mémoire, nous le voyons bien dans les évaluations cognitives : les normes des tests sont larges, varient d’un test à l’autre, évoluent avec l’âge. Nos aptitudes de mémoire sont déterminées par la génétique mais aussi par les compétences mnésiques spécifiques que nous avons pu développer du fait de notre expérience.

La mémoire des faits récents paraît se fragiliser avec l’âge mais celle des connaissances générales reste stable, s’améliore même tout au long de la vie.

Si la mémoire évolue naturellement avec l’âge, les tests cognitifs permettent d’évaluer si les performances de mémoire restent dans les limites de la norme. Ce sera un point important dans l’hypothèse d’une possible maladie de la mémoire débutante.

 

Peut-on être « trop vieux » pour continuer d’acquérir de nouvelles connaissances ?

Certainement pas. On apprend à tout âge, même si certains apprentissages demanderont probablement plus d’effort que dans l’enfance. L’apprentissage de nouvelles connaissances peut se « raccrocher » à une palette plus larges de connaissances déjà apprises ; l’apprentissage peut de ce fait en être facilité.

Reste à trouver des domaines méritant encore des apprentissages, et la motivation à apprendre sera déterminante.

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